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30.6.12

Vision du XXIème siècle

Un témoignage très intéressant sur la déontologie de la restauration en peinture murale au XXIe siècle, et ce que l'approche contemporaine ajoute aux anciennes façons d'envisager la conservation-restauration des monuments et de leurs peintures.



Geneviève Reille-Taillefer est en outre l'auteur d'une "bible" indispensable selon moi, et que je consulte vraiment fréquemment pour m'aider dans ma pratique sur le terrain: "La Conservation-Restauration des Peintures murales" publié aux éditions Eyrolles.

Je ne connais pas personnellement madame Reille-Taillefert, mais je dois dire qu'elle est une des personnes que j'aimerais profondément rencontrer. Dans ce milieu, il me semble si peu fréquent d'avoir cette attitude de partage des savoirs et cette simplicité qu'elle dégage. Trop souvent, les restaurateurs que je croise tiennent à garder "secrète" leur façon de travailler (même s'ils s'en défendent parfois ouvertement). Parmi les peintres aussi, certains refusent d'échanger leurs recettes. Pour moi, ce comportement est aberrant, en ce sens qu'il nie totalement le savoir-faire personnel et l'expérience propre à chacun et qui font toute la différence entre une personne et une autre. Cette attitude sous-entend qu'avec LA bonne recette ou LE bon tutoriel (si tant est que de pareilles explications "miracles" existent d'ailleurs) n'importe quel gugusse pourrait concurrencer le vrai pro!! L'expérience me dit qu'au contraire, c'est un enrichissement permanent d'échanger au sujet de sa pratique. C'est ce que je trouve aussi tellement stimulant dans le groupe du Salon International, dont le credo est justement le partage des expériences de l'année écoulée.

Je vous conseille donc l'ouvrage de Geneviève Reille-Taillefert, d'autant que les livres sérieux et pratiques traitant de ce sujet ne sont vraiment pas nombreux!


> Voir le livre sur le site de l'éditeur ici



19.6.11

Le Trompe-l'œil [Notes de lecture]

Source: L'Art du Trompe-l'œil, Omar Calabrese, Citadelles & Mazenod 2010


  • Le Trompe-l'œil est l'unique genre pictural dont le nom fait référence à la relation au spectateur (et pas comme habituellement au contenu de l'œuvre ou à sa technique). La relation avec les yeux du "regardeur" est déterminante.
  • Se pose le problème du rôle de l'artiste :
La simulation de la réalité (que le but recherché soit une vraie crédibilité ou juste la fascination du spectateur) implique une disparition quasi-totale de l'auteur... Qui ne peut laisser voir ni l'effet de sa main, ni celui de son pinceau, ni apposer sa signature – sauf si elle est inséré dans l'espace tridimensionnel et participe à l'illusion (cartellino*).


  • D'où ce paradoxe :
Si le trompe-l'œil "appelle le spectateur", par son point de vue rapproché et l'envahissement de l'espace de perception, il abolit également la subjectivité, pour sembler une vision objective du monde.
Cette illusion de l'objectivité repousse l'artiste vers un statut d'artisan, puisque le critère principal de jugement devient l'habileté manuelle de l'artiste, au détriment de son expression personnelle ou de sa créativité.



Un exemple de cartellino*. Giovanni Bellini, La Vierge à l'Enfant (détail), vers 1480.
Londres, National Gallery.


*Cartellino : feuille de papier, tablette ou cartouche de marbre figuré en trompe-l'œil dans un tableau et sur lequel est inscrite la signature du peintre et parfois la date de l'œuvre. 
[Source: Larousse.fr]


Giovanni Bellini, le Doge Loredan, 1501. Londres, National Gallery.

On peut parler au sujet du trompe-l'œil d'une quadruple spatialité:
  • 1° surface bidimensionnelle (support)
  • 2° profondeur de champ (perspective)
  • 3° extension de l'espace du tableau vers le spectateur
  • 4° épaisseur produite par la peinture (feuil)


Jean-Marie Faverjon, Autoportrait en trompe-l'œil, 1868. Paris, musée d'Orsay.

Le trompe-l'œil classique joue avec ces différents espaces :
  • Rebord, niche, seuil incluent le spectateur dans la représentation (esp. 3);
  • Mouche peinte (musca depicta) et cartouche ou étiquette (cartellino) déjouent les règles de la surface bidimensionnelle (esp.1);
  • Cadre peint incorporé dans l'image annule presque l'épaisseur (esp. 4);
  • La vision souvent plane et rapprochée tend à abolir la ligne d'horizon et à annuler la profondeur de la perspective (esp. 2).


Ecole Souabe, Portrait d'une femme de la famille Hofer (détail), 1470.
Londres, National Gallery.



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